GRAND PROJET. La ministre de la Justice a annoncé sa décision d’intégrer le projet des P.-O. dans les priorités.

 

C’est officiel ! La nouvelle a été confirmée hier matin par la ministre de la Justice Nicole Belloubet au député des P.-O. Romain Grau (LREM). La décision devrait être annoncée officiellement aujourd’hui. Perpignan comptera bien sur la liste des sites retenus dans le cadre du « plan prison » de la Garde des Sceaux, présenté le 12 septembre dernier. Ce jour-là, elle avait  livré ses objectifs de créer 15 000 nouvelles places pénitentiaires en France sur deux quinquennats. Pour ce, 1,7 milliard d’euros étaient mobilisés pour la construction de nouvelles prisons. « Dans les régions où elles s’avèrent nécessaires », évoquait la ministre sans livrer aucune précision sur le sujet, alors même qu’en décembre 2017 le projet des P.-O. semblait gravé dans le marbre de la loi de programmation pour la justice 2018. Le doute était alors permis et les lieux d’implantation devaient encore nécessiter un arbitrage sous 15 jours.

  • 250 emplois créés

Les tractations auront pris un peu plus de temps que prévu mais ont finalement penché en faveur de Perpignan qui sera, comme Besançon déjà, l’une des seules villes de l’Hexagone entre 100 000 et 150 000 habitants, à avoir deux prisons. « C’est fait ! valide Romain Grau avec satisfaction après des mois passés à appuyer sur ce dossier. C’est un des plus gros projets de France et ce n’est pas courant. Il faut y voir le signe que le gouvernement veut mettre les moyens sur l’avenir perpignanais, un excellent signe envoyé aux entreprises, en terme de création d’emplois, mais aussi en réponse à la délinquance sur le grand sud et à Perpignan en particulier ».
Ce nouvel établissement pénitentiaire, comprenant centre de détention et maison d’arrêt, permettra de créer 500 places supplémentaires pour palier à la surpopulation chronique du bâtiment actuel. Au 1er septembre 2018, le taux d’occupation de la maison d‘arrêt était en effet de 195,4 % avec 383 détenus pour 196 lits. Au quartier femmes, ce taux atteignait les 189 % avec 53 prisonnières pour 28 places.
Le chantier d’un coût de 100 millions d’euros débutera en 2020 pour se terminer à l’horizon 2023 et doit générer la création de 250 emplois.

  • Toulouges ou Rivesaltes ?

Pour l’heure, le site précis n’a pas été arrêté. La communauté urbaine Perpignan-Méditerranée Métropole avait déjà « fléché » et proposé un terrain lui appartenant au Mas Orline près du péage Perpignan sud. Il a fait l’objet d’une étude de faisabilité et avait bénéficié d’une « approche favorable » de la part de la Chancellerie. Mais une nouvelle option semble se dessiner du côté de Rivesaltes, sur la parcelle où devait s’implanter le magasin Ikea, avec accès immédiat à l’autoroute A9. Par ailleurs, en parallèle à la construction du nouvel établissement, la prison de Maillol devrait faire l’objet de réaménagement et d’améliorations. « Je défendrai l’idée, portée par les syndicats, d’installer des douches dans les cellules, car c’est une des conditions pour faire retomber les tensions dans les établissements ».

  • « Un investissement jamais vu dans les P.-O. »

 

Contentement du côté du syndicat Force ouvrière, expliquent Frédéric Jenot secrétaire pénitentiaire et Jérôme Capdevielle secrétaire départemental. « On a été moteur dans ce dossier et ce n’était pas gagné, car on était en concurrence avec Narbonne. 250 personnels a minima qui seront affectés à cette nouvelle structure pénitentiaire. Sur le volet pénitentiaire au regard du surengorgement de l’établissement actuel car cela va permettre de retrouver un équilibre. Une bonne nouvelle pour l‘emploi dans le département, car cela va créer des postes directs mais aussi indirects, au niveau de la chaîne d’approvisionnement, du fonctionnement, de la gestion de l’établissement. C’est bon pour l’économie du département et notamment pour le secteur du bâtiment. 100 millions d’euros, c’est un investissement que l’on n’avait pas connu dans les P.-O. depuis très très longtemps, voire jamais. Nous nous réjouissons de cette décision et aussi du choix qui a été fait par la ministre de la Justice d’abandonner l’idée de passer à un financement par un partenariat public-privé et de revenir à un établissement 100 % public. Ce qui nous permettra de garder la main sur cet outil de travail. Ce qui n’exclut pas de garder un œil sur le bâtiment actuel, voir ce qui sera fait e, terme d’investissements pour réhabiliter ce bâtiment et le mettre aux normes de future destination »

 

L’Indépendant – édition du 10 octobre 2018 – Laure Moysset