À l’occasion des presque 100 ans de l’artiste, le Louvre rend hommage à un homme et à une œuvre d’une longévité exceptionnelle.

Superbe ouvrage à la couleur de l’artiste, le catalogue de l’exposition s’ouvre sur des photos de l’atelier de Soulages, vaste espace lumineux, d’une sobriété monacale, où la plupart des toiles sont retournées, où l’artiste paraît, enfin.

Aujourd’hui, on associe Soulages à l’Outrenoir, comme il a lui-même défini son style pictural depuis 1979. Les experts évoquent à ce moment-là une rupture dans sa peinture. Pourtant, depuis ses premiers traits, il cherche à saisir la lumière, faisant des expériences pour mieux la sublimer : C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche. D’abord avec le brou de noix puis le goudron et enfin la peinture, il explore le contraste, la transparence, la superposition pour inventer une nouvelle façon de la contempler.

L’abstraction totale est pour Soulages un moyen de laisser artiste, œuvre et spectateur dialoguer sans filtre, convention ou sens préétabli. Et ce qui pourrait être difficile à saisir est parfois d’une évidence absolue. Car ses tableaux parlent ; ils dégagent une émotion ; ils invitent à la méditation. Regarder un Soulages, c’est faire une expérience qui engage l’être entier ; c’est se laisser envahir par le trouble du néant qui n’est pas vide, du noir qui est parfois multiple, qui révèle une lumière « transmutée ».

Il y a comme une aventure alchimique dans l’œuvre de Soulages, une découverte. Alors qu’il travaille sur une toile où d’habitude il laisse un espace blanc, il en vient, malgré lui, à remplir le champ entier en noir… L’Outrenoir est né, dans un instant de sérendipité.

Soulages au Louvre, Collectif, sous la direction d’Alfred Pacquement. Éditions Gallimard, 160 pages, 35 euros.


Source: Éditoriaux de jean-claude Mailly