Le tribunal de commerce d’Evry-Courcouronnes étudie ce lundi 14 septembre les offres définitives de reprise de la chaîne de restaurants familiaux, placée en redressement judiciaire fin juillet. Une partie des 3 500 emplois – établissements franchisés compris – est menacée.

Le compte-à-rebours s’accélère pour les salariés de Courtepaille, toujours sous le choc du placement en redressement judiciaire le 29 juillet de leur enseigne par le fonds de dette britannique ICG (International Capital Gestions), qui en a pris le contrôle exclusif en 2015. Ce lundi 14 septembre, le tribunal de commerce d’Evry-Courcouronnes (Essonne) étudiera les offres définitives de reprise, avant de statuer dans les quinze jours, sur l’avenir de la chaîne de restaurants familiaux née en 1961.

Depuis le 24 août, les noms des quatre candidats potentiels sont connus. Mais, alors que l’enseigne de grillades compte 2.562 salariés (répartis entre les 190 établissements en propre et le siège social), outre 92 restaurants sous franchise comptabilisant un millier de salariés, aucune des offres, dans leur première présentation, ne porte sur la totalité du périmètre, déplore Thierry Boukarabila, délégué central FO.

La crainte d’une grave casse sociale

Il risque d’y avoir de la casse sociale, sans qu’on puisse déterminer quelle sera son ampleur au final, explique le militant FO. Telles qu’initialement présentées, les offres proposaient de conserver entre 3.100 et 1.895 postes.

La mieux-disante – en matière d’emplois – était celle du groupe Buffalo Grill : elle annonçait un plan d’investissement de 100 millions d’euros en cinq ans et la préservation de 85% des emplois, soit un peu plus de 3.100 salariés sur un total de quelque 3.600 en comptant les franchisés. Dans le détail, 145 restaurants en propre, ainsi que 92 contrats de franchise, changeraient alors de main. Les salariés de Courtepaille, qui ne seraient pas repris, se verraient proposer un reclassement chez Buffalo Grill, en fonction des postes disponibles, dans la limite de 170.

Le groupe Bertrand (déjà propriétaire d’Hippopotamus et de Burger King) envisageait, lui, de conserver 1.913 emplois, 127 restaurants en succursales, 91 franchises.

Les offres les moins-disantes étaient celles des fonds d’investissement : Butler Capital Partners (spécialiste de la reprise des entreprises en difficultés) proposait de reprendre environ 1.795 emplois, ainsi que 120 restaurants, et Naxicap (actionnaire de Sushi Shop et de La Boucherie), un peu moins.

FO dénonce l’attitude sans vergogne d’ICG

Son sort n’est pas encore scellé que Courtepaille illustre déjà les limites de la gestion par les fonds de dette. Thierry Boukarabila, délégué central FO, ne décolère pas contre l’attitude sans vergogne d’ICG, créancier devenu actionnaire exclusif.

Ce fonds britannique, qui a financé en 2011 le troisième rachat par endettement de l’enseigne selon le dangereux système de transaction LBO (Leveraged Buy-Out), en a pris le contrôle en 2015. Il s’est approprié ses titres nantis (les garanties apportées par l’entreprise, ndlr), au motif que les termes du contrat passé avec l’acquéreur de l’époque, Fondations Capital, n’avaient pas été respectés.

Pas un seul centime investi

Depuis ? ICG n’a jamais investi un seul centime, hormis les 5 à 7 millions d’euros annuels de CICE. Il a laissé péricliter l’entreprise, son unique objectif étant de récupérer sa mise initiale le plus rapidement possible. Courtepaille n’en serait pas là si elle avait eu un actionnaire compétent, martèle Thierry Boukarabila pour qui les salariés paient aujourd’hui, de nouveau, l’addition de l’attitude d’ICG.

Le gel puis l’absence d’investissements à la hauteur des besoins n’ont pas seulement mis en danger les emplois. Sous le poids des intérêts financiers, la participation des salariés a été réduite quasiment à néant. L’accord d’intéressement n’a pas été reconduit. Sans compter, rappelle Thierry Boukarabila, l’augmentation des exigences de productivité qui ont dégradé continûment les conditions de travail.

La direction invoque la crise sanitaire

L’enseigne, qui était encore rentable en 2019 (7 millions d’euros de bénéfices pour 190 millions d’euros de chiffre d’affaires), afficherait aujourd’hui un passif de 30 millions d’euros. La direction invoque la crise sanitaire, qui a conduit à un arrêt net et total de l’activité jusqu’en juillet avec, pour conséquence, la perte de 40% du chiffre d’affaires.

Reste que les résultats financiers s’étaient dégradés ces dernières années, rappelle Thierry Boukarabila, et qu’ICG envisageait une vente de longue date. C’est par une fuite dans la presse que les salariés et les syndicats ont d’ailleurs appris, en juin, qu’ICG avait confié à la banque d’affaires Lazard un mandat pour céder le contrôle du groupe. Un autre choc a été la déclaration de mise en cessation de paiements le 21 juillet, qui a permis opportunément d’accélérer le calendrier de cession, par l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire.


Source: Éditoriaux de jean-claude Mailly