SOCIAL. Hier, fonctionnaires, usagers et militants politiques ont défilé pour s’opposer à la « casse » du service public.

Comme après chaque manifestation, la guerre des chiffres fait rage. 1 600 selon la préfecture, 2 500 pour le parti communiste, jusqu’à 3 000 d’après certains dirigeants syndicaux… Quoi qu’il
en soit, ils étaient nombreux à manifester hier matin à Perpignan pour défendre le service public. De la santé aux finances, en passant par les enseignants, les pompiers, les cheminots, les douaniers, ou encore les territoriaux, la plupart des secteurs étaient au rendez-vous. Il faut dire que, sur ce coup, les neuf syndicats représentatifs de la fonction publique appelaient en chœur à se mobiliser. « Nous nous opposons au plan massif de 120 000 suppressions de postes annoncé par le gouvernement et à la liquidation du statut de la fonction publique vers laquelle nous nous dirigeons, détaille le secrétaire départemental de la CGT, Jean-Claude Zaparty. Les raisons du mécontentement sont extrêmement nombreuses… Il y a aussi le gel des salaires et le fait qu’on sabote le service public de manière à générer le mécontentement des usagers et à préparer la privatisation.»

  • Au-delà des clivages 

Les syndicats dits réformistes (Unsa, CFDT, etc.), généralement moins prompts à descendre dans la rue, étaient également sur le pont hier matin. « Cette unité d’action ne relève pas de l’opportunité, souligne le secrétaire départemental de l’Unsa, Jean-François Virama. Elle témoigne combien nous sommes toutes et tous inquiets des orientations gouvernementales en matière de services publics. » Le secrétaire départemental de la CFDT interco (intérieur et collectivités), Omar Belguellaoui, est sur la même longueur d’onde : « On a de plus en plus de tâches à accomplir et de moins en moins de moyens. Leur unique objectif est de diminuer les frais. C’est pour ça que tout le monde est dans la rue. » Les syndicats n’étaient pas les seuls à protester hier. Les fonctionnaires et usagers sans étiquettes étaient particulièrement présents dans le cortège. L’ensemble des partis de gauche étaient aussi mobilisés. La présidente du conseil départemental, Hermeline Malherbe, a même défilé en personne aux côtés des militants socialistes locaux. Signe des temps, des militants politiques de droite ont également rallié la manifestation. Comme la postière perpignanaise Marie-Claude Morel, syndiquée chez Sud et membre du parti Les Républicains. « Qu’on soit de droite ou de gauche, on se doit de défendre le service public, estime-t-elle. Les gens ont le droit d’avoir un service préservé. » Une cause fédératrice.

  • Entendu dans le cortège

« 20 % de précaires dans la fonction publique ».

Même en matière de sécurité de l’emploi, la fonction publique n’est plus ce qu’elle était. Actuellement, 20 % de ses salariés sont embauchés sur la base de contrats précaires. Et, selon les syndicats, les réformes envisagées pourraient encore accentuer le phénomène. « La casse du statut se traduira par l’augmentation du recrutement de contractuels, pointe ainsi du doigt le secrétaire départemental de la FSU, Grégory Raynal. Et il est difficile d’assumer des missions pérennes et de qualité avec du personnel non formé. »

« Les douanes à l’os ».

« On nous a supprimé 7 000 emplois en 15 ans, dénonce le secrétaire national de la CFDT Douanes, Laurent Cesco, en poste au Perthus. On a plein de bureaux et de brigades qui ferment. On a des services qui se retrouvent à l’os, qui n’ont plus assez d’effectifs pour assurer leurs missions, alors qu’en luttant contre le trafic de drogue, le terrorisme et l’évasion fiscale, on protège les citoyens… »

Ouverture à la concurrence : l’exemple d’EDF.

« Depuis l’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie, en 2004, on est passé de 600 à 400 salariés dans les Pyrénées-Orientales, calcule le délégué du personnel CGT d’EDF commerce, Xavier Charreyron. Dans le même temps, les tarifs de l’électricité ont augmenté de 30 % et ceux du gaz de 75 %. »

« Bientôt, il sera trop tard ».

« Quand les usagers auront perdu leurs services publics, ce sera trop tard, prévient le secrétaire départemental de FO, Jérôme Capdevielle. Il est temps d’entrer en résistance. C’est pourquoi les unions départementales CGT, FO, FSU, CFDT, CFTC, Unsa, Solidaires, FA et CFE-CGC (les neuf organisations à l’initiative de la manifestation d’hier, NDLR) en appellent à leurs instances nationales pour mettre en place une riposte unitaire interprofessionnelle d’ampleur nationale. »

 

Hier, les anti-Linky du département sont aussi venus grossir les rangs du cortège. Pancartes, drapeaux, banderole : impossible de ne pas les remarquer. D’autant qu’ils s’étaient déplacés en nombre. Le lien entre le déploiement du compteur communicant et la défense du service public ? « Avec Linky, on automatise le système. De moins en moins d’employés seront nécessaires pour relever les compteurs. Ils annoncent 2 500 suppressions de postes », répond Franck Huette du collectif anti-Linky de Thuir. Dans les grandes lignes, le délégué du personnel CGT d’EDF  Commerce, Xavier Charreyron, confirme : « On pense que Linky va engendrer la perte de 6 000 emplois au niveau national. Enedis (qui gère le réseau de distribution d’électricité, NDLR) a déjà annoncé 2 000 emplois en moins d’ici 2 020. » Action de groupe en vue. Le collectif départemental Stop Linky 66 envisage par ailleurs d’enclencher une action de groupe devant le tribunal de Perpignan avant les vacances d’été. « Nous comptons attaquer sur le fond concernant l’aspect sanitaire (ondes), le gaspillage que représente Linky (35 millions de compteurs classiques démantelés) ou encore sur les intrusions dans la vie privée, détaille Floréal Alvarez, du collectif de Rivesaltes. Les compteurs Linky sont conçus pour pouvoir récolter des données personnelles, qui pourraient ensuite être vendues aux marchands de l’Internet. On refuse que le service public serve les intérêts du privé. » Dans le cadre de la préparation de l’action de groupe, le collectif Stop Linky assure avoir déjà réuni une cinquantaine de dossiers dans le département.

 

L’Indépendant – édition du 23 mai 2018 – Arnaud Andreu