À la veille du 1er-mai, les syndicats du département réclament en chœur une reprise du dialogue social avec les services de l’Etat pour préparer le déconfinement.

Confinement oblige, le 1er-mai s’annonce atypique. Mais toujours aussi revendicatif. Voire plus que d’habitude. Concernant la forme, cette année, il n’y aura bien évidemment pas de défilé dans les rues de Perpignan. La mobilisation se déroulera essentiellement sur Internet. « Nous avons lancé un événement sur notre page Facebook afin de publier les photos que les camarades ont envoyées pour faire valoir leurs revendications », indique ainsi Julien Berthélémy, du secrétariat départemental de la CGT.

La FSU, qui a cosigné une déclaration commune avec la CGT, compte mener le même type d’action sur les réseaux sociaux. Le troisième signataire de la déclaration, Solidaires, se démarque pour sa part en appelant les « militants amenés à sortir de chez eux, par exemple pour faire des courses, à se munir de pancartes ou de masques décorés de slogans ».

Une priorité : protéger la santé des salariés

Pour l’intersyndicale, la protection de la santé des salariés reste la priorité absolue en cette période de pandémie. « Or, jusqu’ici, la préfecture ne nous a pas associés aux discussions relatives aux mesures de sécurité ou au déconfinement, peste Julien Berthélémy. Il y a eu des avancées dans certaines entreprises et dans certains services publics, mais c’était vraiment pour obtenir le strict minimum (masques…). »

Du coup, l’intersyndicale envisage l’après-11 mai de manière combative. « Il va falloir construire la mobilisation indispensable pour poursuivre le travail engagé depuis le début de l’année (lutte contre la réforme des retraites…) et  contre les récentes ordonnances du gouvernement qui permettent notamment d’imposer des congés aux salariés ou de les faire travailler jusqu’à douze heures par jour, détaille le porte-parole de la CGT. Il ne faut pas qu’on sorte de la crise du coronavirus comme on y est entré. Il faut qu’il y ait des choix politiques forts sur l’environnement, la relocalisation d’industries (masques…) et les services publics (hôpitaux, écoles…), qu’il y ait une véritable rupture avec les politiques d’austérité. »

Autre grosse inquiétude de l’intersyndicale : le chômage, qui promet d’exploser à la sortie de la crise pour atteindre, selon Julien Berthélémy, jusqu’à 25 % de la population active du département.

Bientôt 30 % de chômage dans les P.-O. ?

De son côté, le secrétaire départemental de FO, Jérôme Capdevielle, compte effectuer une intervention à destination des salariés via les réseaux sociaux pour la fête des travailleurs. Si son organisation a choisi de ne pas s’associer cette année à la déclaration commune de la CGT, de la FSU et de Solidaires, elle partage en de nombreux aspects l’analyse de ses homologues.

« Cette crise sanitaire va déboucher sur une crise économique majeure, estime Jérôme Capdevielle. Dans le département, le taux de chômage devrait passer de 12 % à plus de 20 %. On approchera vraisemblablement des 30 %. Certaines entreprises vont mettre la clé sous la porte. On va avoir besoin d’amortisseurs sociaux. Même avec un plan de relance, la reprise mettra du temps à arriver. »

Fort de ce constat, Jérôme Capdevielle réclame, comme l’intersyndicale, la suppression pure et simple des réformes des retraites et de l’assurance chômage (actuellement suspendues), ainsi que la fin des politiques d’austérité. Il plaide également comme la CGT, la FSU et Solidaires, en faveur d’une augmentation générale des salaires. Histoire de « mettre du combustible dans la machine ». Pour relancer l’économie.

CFDT : « Le dialogue social est la clé de la réussite »

En ces temps de crise, les syndicats dits réformistes (CFDT, Unsa, CFTC…) sont, comme leurs homologues « contestataires » restés sur le pont pour protéger les droits et la sécurité des salariés. « Concernant les grandes surfaces, nous avons par exemple interpellé le préfet pour faire respecter la distanciation sociale, indique la porte-parole de la CFDT66. Nous sommes également intervenus auprès des collectivités locales pour la sécurité et la santé des agents… »  Cependant, à la veille de la fête des travailleurs, la CFDT a également le regard tourné vers l’après-11 mai : « Nous attendons plus de concertation de la part de l’Etat avec les organisations syndicales, ce qui n’est pas vraiment le cas pour l’instant. Le dialogue social est la clé de la réussite de la reprise de l’activité. » En ce qui concerne le 1er-mai, la centrale syndicale annonce elle aussi une mobilisation confinée « avec des échanges sur les réseaux sociaux à suivre, dans les Pyrénées-Orientales, sur le Facebook de Conception Vidal-Hernandez (FB Conception Hernandez) ». Dans un état d’esprit unitaire avec la CFTC, l’Unsa et les étudiants de la FAGE.

 

L’Indépendant – Arnaud Andreu