Yves Veyrier, Secrétaire général de FO : « C’est le marché du travail qui crée les injustices en matière de retraite, pas le système actuel ! »


Secrétaire général de FO, Yves Veyrier appelle les salariés à faire grève le 5 décembre contre le projet de réforme des retraites. A ses yeux, un régime universel à points ne résoudrait aucune des injustices constatées au moment de la retraite, car il faut traiter leur cause, à savoir « les défaillances du marché du travail » avec un trop grand nombre d’emplois précaires et de bas salaire. Interview.

Vous avez été reçu par le Premier ministre lundi 25 novembre. Qu’avez-vous appris que vous ne saviez pas sur la réforme des retraites ?

Yves Veyrier : La seule chose confirmée par le Premier ministre, c’est que le gouvernement s’exprimera à la fin de la période de concertation, fin 2019, pour dire ce qu’il en tire comme conclusions. Nous n’avons eu aucun détail supplémentaire.

Que pensez-vous du durcissement actuel de l’exécutif qui, après avoir évoqué une clause du grand père visant à n’appliquer la future réforme qu’aux nouveaux actifs, insiste maintenant sur le fait qu’il sera inéluctable de travailler plus longtemps ?

La concertation n’a, jusqu’à présent, rien apporté du tout ! Ceux qui pensent que la concertation pourra permettre d’améliorer la situation des personnes les plus fragiles se trompent, rien ne va dans ce sens.

Du reste, je ne suis pas surpris. L’objectif de la réforme, c’est de faire travailler les Français plus longtemps. Et ce à quoi nous assistons, c’est-à-dire un gouvernement qui affirme des choses sans tenir compte des remarques et critiques, et bien cela se reproduira dans un système universel à points.

Vous ne croyez pas aux assurances du Haut-commissaire sur un pilotage paritaire du futur système ?

Pas du tout ! Le gouvernement disposera de tous les leviers, et c’est le Parlement qui votera le cadrage financier. On nous dit que le président avait pris l’engagement de faire cette réforme, d’accord, mais on oublie de rappeler que cet engagement allait de pair avec celui de ne pas toucher à l’âge de départ. C’est d’ailleurs pour tenter de prouver qu’il faudrait réaliser des économies que le gouvernement a sollicité du conseil d’orientation des retraites (COR) un nouveau rapport…

Pourquoi vous opposez-vous à un régime universel de retraites à point ? Considérez-vous que le système actuel des retraites soit exempt d’inégalités et d’injustices ?

Mais oui ! Ce n’est pas le système actuel qui crée des injustices, celles-ci sont le produit des carrières professionnelles des salariés, du problème d’emploi, de la précarité des contrats, des bas salaires, de l’absence d’emplois de qualité. Adopter un système à points ne changera rien à ces causes, qui relèvent des défaillances du marché du travail.

C’est pourquoi nous proposons de nous attaquer, dans le cadre du système actuel des régimes de retraite, à cette insécurité professionnelle. Nous proposons un réel bonus malus qui soit de nature à être efficace pour lutter contre la précarité, au lieu du système conçu par le gouvernement et qui est à coût nul pour les entreprises. Cela suppose aussi de concevoir et de mettre en oeuvre une politique économique qui crée sur le long terme plein emploi et emplois de qualité. En attendant, il faut bien corriger les inégalités produites par le marché du travail, et notamment les injustices dont sont victimes les femmes, qui ont longtemps eu des emplois à temps partiels, précaires. Il faut prendre des mesures de solidarité pour les aider, et non pas, comme dans le projet de système universel à points, compter sur les salariés ayant des carrières longues et ascendantes pour financer le coût de cette solidarité.

Vos revendications sur la retraite à 60 ans et le retour à la prise en compte des 10 meilleures années de revenus sont-elles réalistes ?

Nous portons ces revendications sur le long terme, notre priorité est d’abord de conserver le système actuel en apportant des solutions aux inégalités créées par le marché du travail.

Pensez-vous que la journée du 5 décembre puisse changer la donne ?

Nous avons trop d’expérience pour croire qu’une seule journée suffira.

Aujourd’hui, nous mettons en garde le gouvernement : ce qui se joue, ce n’est pas le sort des 325 000 personnes relevant des régimes des cheminots, de la Ratp ou des industries électriques et gazières (Ndlr : IEG, dont EDF), c’est bien l’avenir du régime de base de retraite de la sécurité sociale qui concerne 18 millions de salariés ! Il nous faut mobiliser le plus largement possible. Et poser la question de la reconduction de la grève si nous ne sommes pas entendus.

Propos recueillis par Bernard Domergue


Source: Éditoriaux de jean-claude Mailly

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