[Revue] Le vide médian


La revue Hermès a pour objet l’étude de la communication dans les rapports entretenus entre les individus, les cultures, les sociétés, les techniques. C’est donc de façon interdisciplinaire qu’elle aborde cette notion complexe et polysémique.

À l’heure où on évoque une nouvelle communication avec les machines, considérée comme sans défaut, il est nécessaire de revenir à ce qui rend la communication possible. Communiquer, c’est transmettre une information à un autre que soi ; l’incommunication, c’est l’irruption de cette altérité dans l’échange. Or, ce qui est peut-être source de malentendu est en fait un prérequis à une communication possible car, pour reprendre les mots de Charles Baudelaire, si […] on se comprenait, on ne pourrait jamais s’accorder ».

Cette zone de flou permet ainsi de dépasser les différences intrinsèques entre les individus, car chacun connaît la réalité par un système de codifications selon son origine, sa culture, son éducation… C’est donc un espace dans lequel les identités peuvent se rencontrer et trouver un terrain d’entente. Entre l’entendu et le compris, l’incommunication laisse l’interprétation et la bonne volonté jeter les ponts entre soi et les autres. L’incommunication est enfin essentielle dans les arts et la littérature, elle en est un ressort clé.

Penser la communication, c’est penser [en] trois dimensions : la communication, c’est la volonté d’échange ; l’incommunication, c’est la découverte de l’altérité et l’obligation de négocier ; l’a-communication c’est l’échec de la négociation, l’impossibilité de cohabiter.

Hermès – La Revue, numéro 84

Incommunication, communication, a-communication

Collectif

CNRS éditions, 292 pages, 25 euros.


Source: Éditoriaux de jean-claude Mailly

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