G20 : le mouvement syndical international en attente d’actions concrètes


Vaccin, relance, dette des pays pauvres, fiscalité… L’ordre du jour du sommet des vingt plus grandes puissances économiques mondiales, réuni les 21 et 22 novembre, était chargé. Mais qu’en est-il sorti exactement ?

Alors que la crise sanitaire continue de faire des ravages, les chefs d’État, les ministres et les directeurs des banques centrales du G20 (19 pays et l’Union européenne, réalisant à eux tous 85% du commerce mondial et 90% du produit mondial brut [1]), ont tenu leur sommet annuel les 21 et 22 novembre, en visioconférence, pandémie oblige, sous la présidence de l’Arabie Saoudite.

Il y a deux mois déjà, les ministres du Travail du G20 avaient reconnu : les pertes d’emplois, la réduction du nombre d’heures de travail, l’interruption des relations de travail et les pertes de revenus risquent de rendre davantage de personnes vulnérables à la pauvreté, à l’informalité, et à différentes formes d’exploitations.

Heures de travail perdues : l’équivalent de près de 500 millions d’emplois

De fait, l’Organisation internationale du travail (OIT) venait d’estimer que les heures de travail perdues depuis le début de la pandémie équivalaient à plus de 495 millions d’emplois, entraînant des pertes de revenus de milliers de milliards de dollars. L’OIT s’alarmait également de la menace pesant sur un milliard et demi de personnes travaillant dans l’économie informelle, dépourvues de contrat de travail et de protection sociale.

En Europe, le 30 octobre, une étude de la Confédération européenne des syndicats (CES) estimait que le chômage qui touche déjà 15,9 millions de personnes dans l’Union Européenne (soit deux millions de plus qu’au début de la pandémie) pourrait doubler sans une extension des mesures d’urgence de soutien à l’emploi déjà prises.

Autant dire qu’en cette fin novembre, alors que la crise sanitaire continue ses ravages, les chefs d’État des vingt plus grandes puissances économiques mondiales étaient attendus au tournant.

Vaccin et dette des pays pauvres : des espoirs douchés

Leurs décisions concernant le vaccin contre le Covid-19 l’étaient tout particulièrement. Mais si les dirigeants du G20 promettent dans leur déclaration finale de ne reculer devant aucun effort pour garantir un accès équitable aux vaccins, ils ne donnent aucun chiffre sur le montant des efforts financiers qu’ils devraient encore réaliser pour parvenir à cet objectif.

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, avait pourtant bien précisé à la veille du sommet qu’il manque 28 milliards de dollars, dont 4,2 d’ici la fin de l’année pour financer à hauteur des besoins le dispositif ACT-Accelerator conçu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour garantir que les pays riches ne monopoliseront pas les traitements, tests ou vaccins. Le flou est tel, qu’à l’issue des travaux, la chancelière allemande Angela Merkel s’est elle-même dite inquiète de la lenteur des discussions pour fournir le vaccin aux nations les plus pauvres.

De la même façon, de nombreux espoirs ont été douchés sur la question de la dette des pays pauvres. Les 20 se déclarent déterminés à mettre en œuvre l’initiative de suspension du service de la dette publique bilatérale [il s’agit de la dette contractée par les pays pauvres auprès de chaque État créancier, NDLR]… Une mesure déjà décidée en avril dernier pour l’année 2020 et prorogée en octobre jusqu’en juin 2021.

Mais pour ce qui est d’une prolongation supplémentaire, au moins de six mois comme demandé par les Nations Unies, les dirigeants du G20 se limitent à déclarer que la question sera examinée par les ministres des Finances qui devront déterminer d’ici aux réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale en 2021 si la situation économique et financière nécessite une nouvelle prorogation.

Quid de la relance, des emplois et des inégalités ?

Pour le mouvement syndical international, représenté en marge des G20 par le L20 (Labour 20) [2], ce récent sommet devait être l’occasion de jeter les bases d’une relance économique centrée sur l’emploi et les emplois respectueux du climat, les droits des travailleurs, la protection sociale universelle et une taxation équitable qui garantisse que les bénéfices engrangés par une minorité durant la pandémie soient partagés avec la majorité.

Relevant que les 25 plus grands milliardaires de la planète, eux, avaient déjà augmenté leur richesse de 255 milliards de dollars entre la mi-mars et la fin du mois de mai, le L20 a appelé à l’élaboration d’un nouveau contrat social pour mettre fin à cette pandémie d’inégalités. Il a souligné l’urgente nécessité que les dirigeants du G20 passent désormais à l’action pour inverser cette situation.

Là encore, les mesures concrètes se font attendre. Au motif que les membres du G20 en sont à des stades différents de riposte à la crise et que les perspectives économiques mondiales continuent d’évoluer, les dirigeants du G20 se contentent d’entériner les mesures de relance déjà décidées et demandent à leurs ministres des Finances et aux gouverneurs des banques centrales de les actualiser et d’en contrôler la mise en œuvre.

La lutte contre les effets dévastateurs de la pandémie sur les marchés du travail reste notre priorité, affirment-ils cependant, soulignant être conscients qu’il est important de protéger et de promouvoir des emplois décents pour tous, en particulier pour les femmes et les jeunes.

Les membres du G20 se déclarent également favorables à l’accès de tous à une protection sociale globale, solide et évolutive, notamment des personnes travaillant dans l’économie informelle.

Ils reconnaissent l’importance des politiques et des programmes en matière d’emploi pour favoriser la création d’emplois, encouragent le recours au dialogue social et promettent de continuer à accompagner les travailleurs avec des politiques de formation et de reconversion.

Passer de la parole aux actes

S’appuyant sur cette bonne volonté affichée, le mouvement syndical international appelle les dirigeants du G20 à maintenant respecter leurs engagements, en particulier en matière de protection sociale et d’écart des salaires entre les hommes et les femmes. Au premier rang de ses revendications figurent aussi : la reconnaissance du Covid-19 en maladie professionnelle pour tous les travailleurs concernés, une réforme fiscale rendant l’impôt plus progressif dans tous les pays, la création d’emplois de bonne qualité ou encore la définition d’un seuil minimum d’impôts sur les sociétés.

De plus, parmi les mesures à prendre de toute urgence, le L20 demande aux chefs d’État de garantir l’accès à des équipements de protection individuelle de qualité, de protéger les travailleurs de première ligne et d’augmenter leurs salaires, ainsi que d’étendre le congé de maladie rémunéré à tous les travailleurs.

Enfin, le L20 déplore que peu de mesures soient prises alors que des ressources vitales fuient vers les paradis fiscaux, soulignant que selon des informations récentes, plusieurs grandes banques internationales seraient impliquées dans des transferts financiers illicites s’élevant à 2 000 milliards de dollars.

Moyens sanitaires, protection sociale universelle, fiscalité, dette des pays pauvres, emplois, salaires, évasion fiscale, taxation des multinationales… Le mouvement syndical international presse les dirigeants du G20 de passer de la parole aux actes.

Nous avons considérablement simplifié la tâche des dirigeants du G20 : nous avons discuté, réfléchi et tout planifié, avant de tout exposer dans notre déclaration. La seule chose qu’il leur reste à faire est de la lire et de la mettre en œuvre, en partenariat avec les travailleurs et leurs syndicats, a ainsi déclaré la secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI) qui coordonne le L20. Et de conclure en forme d’avertissement : Dans le cas contraire, l’histoire jugera qu’ils ont laissé échapper cette opportunité et nous serons là pour le leur rappeler.


[1] Le G20 a été créé en 1999 après les crises financières des années 90. Les 19 pays, où se concentrent les deux tiers de la population mondiale, sont l’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Arabie Saoudite, l’Argentine, le Brésil, le Canada, la Chine, la Corée du Sud, les États-Unis, la France, l’Inde, l’Indonésie, l’Italie, le Japon, le Mexique, le Royaume-Uni, la Russie, la Turquie.

[2] Le L20 regroupe les représentants des syndicats des pays du G20 et les fédérations syndicales de branche internationales. Il est coordonné par la Confédération syndicale internationale (CSI) et la commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (Tuac). Il est l’un des groupes officiels consultatifs auprès du G20, à l’instar du B20 (Business 20) pour les employeurs.


Source: Éditoriaux de jean-claude Mailly

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