Éducation : Les AESH mobilisés ce 8 avril pour leur statut et leur salaire


Confrontées à des conditions de travail et salariales de plus en plus difficiles, les Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap (AESH) exigent de vrais changements. Ces personnels, en majorité des femmes, organisent aujourd’hui une journée nationale d’actions (manif, rassemblements, AG), à l’appel d’une intersyndicale comptant la FNEC FP-FO. Des rassemblements sont prévus devant les rectorats, les Inspections académiques… A Paris, devant le Ministère de l’Education nationale.

Ce devait être une journée de grève nationale. Mais suite aux annonces gouvernementales de reconfinement, ce sera une mobilisation sous forme de rassemblements. Ce jeudi 8 avril, les personnels AESH (Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap) ont maintenu leur journée d’action, malgré la fermeture des établissements scolaires dans lesquels elles exercent. Elles, car ce sont majoritairement des femmes, et à 92,2%, qui forment cette profession. 

“Les AESH vivent dans une grande précarité”, souligne Cécile Kohler, Secrétaire fédérale de la FNEC FP-FO. En effet, ces personnels contractuels de la Fonction publique, au nombre de 110 000 en France travaillent sur la totalité du temps scolaire, soit 24 heures par semaine. Or cela est considéré comme un temps de travail incomplet par l’administration, leur salaire est donc tout aussi incomplet, environ 750 euros par mois. Ainsi, 97,7% d’entre elles travaillent sur la base de ce prétendu temps partiel, donc subi. Or, souligne la militante, Elles ne peuvent pas exercer davantage, puisqu’elles interviennent sur le temps scolaire, qui est fixe

FO demande donc que ce temps de travail de 24h soit considéré comme un temps plein, payé 100%, et non pas à 60% d’un salaire complet, comme actuellement. La fédération, qui exige l’ouverture de négociations, demande aussi, dans l’immédiat, que les AESH bénéficient de la mesure salariale de 183€, issue du Ségur de la Santé et sans contreparties.

Ces conditions salariales indécentes contraignent nombre d’AESH à une seconde activité. C’est le cas de Muriel Gerbier, 51 ans. Cette militante FO de Haute-Loire et membre de la Commission des AESH au sein de la Snudi-FO travaille depuis 13 ans dans la petite école de la commune de Javaugues, dont 4 années comme AESH. En marge de ce travail, elle assure un élevage de chats. J’ai un élevage de chats à côté, raconte-t-elle. Sans ça, assure-t-elle, j’aurais du mal à vivre. Toutes les AESH que je connais ont un petit boulot en plus.

Par leur mobilisation, les AESH s’élèvent aussi contre la création des PIAL (Pôles inclusifs d’accompagnement localisés). Depuis la loi du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance, aussi appelée « loi Blanquer », des PIAL, ou pôles inclusifs, ont été créés afin de favoriser la coordination des ressources au plus près des élèves en situation de handicap (les aides humaines, pédagogiques, éducatives, et, à terme, thérapeutiques) pour une meilleure prise en compte de leurs besoins. Il s’agit en réalité de mutualiser l’aide et l’accompagnement des AESH, s’indigne Cécile Kohler. 

Devant le nombre réduit d’AESH, qui s’explique par leur faible salaire, le ministre de l’Education nationale a souhaité que chaque AESH s’occupe désormais de davantage d’enfants, jusqu’à 9 élèves par semaine, contre 4 aujourd’hui. Et cela, dans plusieurs établissements, et du niveau maternel jusqu’à celui du lycée. Conséquences : les personnels doivent jongler avec des compétences très variées. Cela leur demande encore davantage d’adaptation afin de pouvoir suivre des cours dans des niveaux différents. 

L’objectif poursuivi par l’administration est de réaliser des économies en ayant recours à moins d’AESH s’insurge Muriel Gerbier. Dans sa région, la mise en place des PIAL a été décalée à la rentrée prochaine (septembre 2021) en raison de la pandémie et des confinements. Mais nous avons déjà des retours de collègues dans des régions où ils ont été mis en place et toutes nos craintes sont fondées. Elle poursuit : Nous avons affaire à des enfants qui ont des profils aussi variés que la dyslexie, la dysphasie, l’autisme, la non-voyance, la trisomie, les troubles du comportements, du léger au très lourd

Ces situations difficiles qui demandent de connaître l’enfant, de passer suffisamment de temps avec lui afin de vraiment l’aider. S’il faut passer d’un enfant à l’autre chaque jour, c’est-à-dire passer d’un handicap à un autre, cela va devenir très compliqué à gérer. Et voir davantage d’enfants, cela signifie passer moins de temps avec eux, alors qu’ils ont besoin d’un vrai suivi individualisé. 

Avec les PIAL, une AESH peut donc être amenée à se déplacer d’école en école, sans être affectée à un établissement défini. Une perte de temps dans des allers-retours pour des accompagnants contraints de jongler entre différents lieux. De plus, nul ne sait à ce jour si les frais de déplacements entre les écoles seront pris en charge. Non seulement on dégrade les conditions de travail des AESH, conclut Cécile Kohler, mais en plus, on se dirige vers une situation qui néglige ces enfants. 

C’est pourquoi FO demande que les PIAL soient supprimés, et que soit apporté un véritable statut aux accompagnants. Il existe un flou, nous n’avons pas de cadre réel, indique Muriel Gerbier. Nous sommes contractuelles, parfois depuis des années. En théorie, nous dépendons de l’Education nationale, mais dans les faits, ce sont les directions d’école où nous intervenons qui sont nos supérieurs. Or, il faut que les choses soient bien définies.

Cette journée de mobilisation s’inscrit plus largement dans la continuité de la défense de l’enseignement spécialisé, martèle la secrétaire fédérale. Les enseignants reconnaissent d’ailleurs, sans les accompagnants, il leur serait très difficile d’encadrer ces enfants avec des besoins bien spécifiques. Nous invitons les professeurs et les parents d’élèves à se joindre aux AESH qui bien souvent, se sentent isolées dans le cadre scolaire.

Muriel Gerbier le confirme, les AESH travaillent main dans la main avec les enseignants. Dans mon école, je m’occupe d’un enfant non-voyant. J’ai pris l’initiative d’apprendre le braille, ce que l’enseignant n’avait pas le temps de faire car elle avait une classe entière à gérer. C’est moi qui ai appris à lire à cet élève, pas la maîtresse du CP. Gagner 750 euros par rapport au travail que l’on accomplit, c’est dérisoire. Nous demandons au moins un Smic complet. 

Car soulignent les deux militantes, on devine très bien la conséquence que peut avoir la situation actuelle de mauvaises conditions de travail et salariales : un nombre croissant de démissions, ce qui, à terme, impacterait ceux qui ont le plus besoin des AESH : les enfants.


Source: Éditoriaux de jean-claude Mailly

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