Cooperl Arc Atlantique : FO exige une clarification sur la solution trouvée pour éviter la casse sociale


Un mois après que le numéro un de la filière porcine a menacé de fermer deux à trois usines, s’il devait payer l’amende de 35 millions d’euros, à laquelle l’Autorité de la concurrence l’a condamné pour entente sur les prix et qu’il conteste, les salariés restent sans nouvelles. Les élus FO exigent une clarification sur la solution trouvée pour éviter la casse sociale.

L’inquiétude est palpable chez les salariés. Tout le monde s’interroge, et c’est compréhensible ! Il est grand temps que la direction s’explique. Où en est le recouvrement de l’amende à laquelle l’Autorité de la concurrence a condamné le groupe Cooperl ? Quelle solution a été trouvée avec les services de Bercy pour éviter la casse sociale ?, martèle Frédéric Bouvier, délégué syndical FO du site Cooperl Arc Atlantique à Lamballe (Côtes d’Armor), également son siège social.

A l’occasion du comité social et économique central (CSEC) qui se tiendra ce lundi 23 novembre dans l’après-midi, le militant entend, avec tous les élus FO du leader français de la filière porcine (7.200 salariés, 12 sites), obtenir une clarification sur la situation, judiciaire et financière, du groupe, quatre mois après sa condamnation à payer 35,53 millions d’euros dans l’affaire dite du cartel du jambon.

Le terme recouvre une entente illicite de prix sur les produits de charcuterie, sur laquelle l’Autorité de la concurrence a statué, en juillet dernier, à l’issue de huit ans d’enquêtes. L’affaire implique 12 industriels au total, et concerne des faits intervenus entre juillet 2010 et juin 2012 pour le groupe coopératif breton qui les conteste. Depuis 2018, il a engagé une procédure pénale pour faux et usage de faux, dont le jugement est attendu en 2022.

Menace de fermer deux à trois sites

Ce point de situation sur l’affaire, enfin inscrit à l’ordre du jour du CSEC, est très attendu. Les salariés sont toujours sous le choc des déclarations du directeur général de Cooperl Arc Atlantique, lors d’une conférence de presse le 20 octobre à Paris. Si le paiement de l’amende devait intervenir dans les jours qui viennent, a-t-il expliqué, le groupe risquerait la cessation de paiement et serait contraint, en conséquence, de mener une restructuration sévère : gel des embauches et de tous les investissements, jusqu’à la fermeture de deux à trois sites de salaison sur les 12 en France.

La créance, une fois émise, doit être acquittée dans les 45 jours. Si le groupe breton a fait appel en septembre de la décision rendue par l’Autorité de la concurrence, celui-ci n’est pas suspensif. S’il a aussi demandé un sursis à exécution de la sanction financière auprès de la Cour d’appel de Paris, la décision sur le sujet n’est attendue qu’en 2021.

Des salariés laissés sans nouvelles depuis un mois

La réaction a été immédiate. Dès le lendemain, par voie de communiqué, le ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance a assuré le groupe de son soutien, afin que l’amende ne représente pas un risque pour l’activité du groupe et l’emploi de ses salariés. S’il n’a pas suspendu l’exécution de la sanction financière (seule l’autorité judiciaire le pourrait, ndlr), le ministère s’est engagé à proposer des facilités de paiement, et des conditions de délai compatibles avec la capacité de remboursement du groupe.

Depuis ? Rien. Un mois s’est écoulé, sans qu’aucune information ne soit communiquée aux salariés ni aux institutions représentatives du personnel. On ne sait pas si l’amende a été mise en recouvrement, ou différée, ou si un étalement du paiement a été négocié. A chaque fois que les élus FO ont abordé le sujet en CSE d’établissement, il leur a été répondu que seul le directeur général s’exprimait sur le dossier, déplore Frédéric Bouvier, délégué syndical FO du site de Lamballe. Difficile à entendre.

L’incompréhension des salariés

Le militant rappelle la colère et l’incompréhension des salariés, lorsqu’ils ont découvert dans la presse les déclarations du directeur général. Cette communication, qui tient du chantage à l’emploi, était malvenue. Les salariés l’ont reçue en pleine figure. Tout de suite, ça a réagi dans l’usine. Il a fallu réexpliquer, et ce n’est pas facile, que le problème n’était pas la rentabilité du groupe mais un possible manque de cash et de trésorerie, poursuit-il.

Dès l’annonce, en juillet, de la condamnation, la direction de Cooperl Arc Atlantique avait averti le CSEC des possibles conséquences du paiement de l’amende sur la situation financière du groupe. A commencer par le risque de provoquer un désengagement des assureurs-crédits. Conséquence redoutée : une très forte tension sur la trésorerie du groupe dont les besoins en fond de roulement, de l’ordre de 200 millions par mois, ne seraient plus assurés. Dans ces circonstances, la direction avait alors annoncé qu’elle envisagerait une restructuration en profondeur.

Le groupe a réalisé, en 2019, un résultat consolidé de 29 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros.

FO mobilisée depuis juillet

Face aux risques sur l’emploi, exposés lors de ce CSEC du 28 juillet, les élus FO des différents sites se sont aussitôt mobilisés pour interpeller, avec la fédération FGTA-FO et le secrétaire général de la confédération Yves Veyrier, la ministre déléguée chargée de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, sur la situation du leader français de la filière porcine.

Nous sommes intervenus pour éviter une casse sociale à court terme, en défense des 7.200 emplois de la Cooperl et plus largement de la filière. Fragiliser le groupe financièrement, c’est aussi fragiliser une grande partie de la filière porc. Un grand nombre de producteurs se seraient retrouvés sans débouchés (Cooperl Arc Atlantique est détenue par 2.950 éleveurs-coopérateurs, revendiquant 8.000 emplois à la ferme, ndlr), précise le secrétaire fédéral Richard Roze. Pour qui le communiqué de Bercy du 21 octobre, en assurant que l’amende ne serait pas un risque pour l’activité et l’emploi, semble ouvrir une perspective à court terme.

Mais laquelle précisément ? Voilà ce qu’exigent aujourd’hui, de savoir les élus FO, et les salariés.


Source: Éditoriaux de jean-claude Mailly

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