Chimie : consternation après l’annonce de FerroPem de supprimer 352 emplois en Isère et en Savoie


Par la fermeture annoncée des sites des Clavaux en Isère et de Château-Feuillet en Savoie, FerroPem (filiale du groupe Ferroglobe) supprime 352 emplois directs sans compter les conséquences sur les centaines d’emplois chez les sous-traitants. A l’appel d’une intersyndicale, un rassemblement s’est tenu hier le 13 avril à Aix-les-Bains, date de la première réunion du comité central d’entreprise marquant le lancement du PSE. FO exige le maintien des sites et de leurs emplois.

Nous sommes sacrifiés, nous crions à l’injustice. Mourad Moussaoui, Délégué central FO chez Ferropem, et 29 ans d’ancienneté, ne décolère pas. Aujourd’hui, nous payons le prix d’une mauvaise gestion de la direction, alors que nous n’avons cessé de l’alerter depuis 3 ans ! 

Mardi 13 avril, quelque cent-cinquante personnes, salariés, élus locaux, ou habitants solidaires, se sont rassemblés à Aix-les-Bains, où se tenait la première réunion d’un CSE extraordinaire, portant sur le lancement officiel du PSE. Cette action syndicale a permis d’alerter l’opinion publique sur le drame qui se déroule ici souligne le délégué central. 

Nous sommes en R1 (réunion 1) du PSE, ce qui signifie que la procédure des quatre mois est enclenchée, indique-t-il. Le 29 mars dernier, le couperet est tombé pour les salariés de ces deux usines, l’une sur le site des Clavaux, à Livet-et-Gavet (Isère), l’autre sur celui de Château-Feuillet, à La Léchère (Savoie). Lors d’un comité européen d’entreprise, le groupe américano-espagnol Ferroglobe, spécialisé dans la production de silicium et ferroalliage, a annoncé sa décision de supprimer 352 emplois au sein de sa filiale FerroPem qui détient six usines de production en France. Les 221 emplois du site de Château-Feuillet (Savoie) disparaîtraient ainsi que les 131 de l’usine des Clavaux en Isère où FO est majoritaire (85%). 

FO demande le maintien de tous les emplois 

Le groupe qui se heurte à la forte concurrence du silicium chinois, accuse une baisse de la demande de 25% et une chute des cours du silicium de 30% depuis 2018. La direction argue cependant d’une perte de compétitivité des sites d’Isère et de Savoie. Les délégués syndicaux constatent surtout une mauvaise gestion des difficultés par la direction et dénoncent notamment le fait qu’elle ait fermé les yeux sur un certain nombre de problèmes, notamment la perte de plusieurs clients importants ces dernières années. 

Pour Philippe Beaufort, secrétaire général de l’UD-FO de l’Isère, les camarades ont pris un coup de massue sur la tête. L’entreprise produit du silicium, qui est un produit d’avenir, indispensable à la fabrication de nombreux biens, notamment dans les nouvelles technologies. Ils ne comprennent donc pas cette décision. C’est pourquoi FO demande le maintien du site de Clavaux et de tous les emplois. 

De son côté, le représentant FO de FerroPem rappelle la continuité de l’activité en 2020, au plus fort de la pandémie. Notre site a fonctionné pendant la crise du Covid, notre production servant à la fabrication de produits sanitaires. Par ailleurs, appuie-t-il,  il ne faut pas oublier que jusqu’en 2018, FerroPem dégageait entre 40 et 45 millions d’euros de bénéfices par an, en moyenne. Nous étions le 3e groupe français en termes de versement d’intéressement aux salariés. Ce n’est pas parce que nous traversons un moment difficile qu’il faut abandonner le navire.

FO exige une contre-expertise 

Alors que ces beaux jours ne sont pas si loin, les salariés se battent aujourd’hui pour préserver leurs emplois.

Notre produit a de l’avenir, c’est pourquoi le CSE a déclenché une contre-expertise sur la viabilité économique des deux sites concernés afin de contrer celle réalisée par la direction insiste Mourad Moussaoui. 

Il s’insurge également contre le refus de la direction de FerroPem de rechercher des solutions. Les usines ne vont même pas fermer, elles vont être mises en sommeil. La direction refuse de chercher un repreneur, alors que ce serait une solution pour sauver des emplois. Et elle ne veut pas non plus avoir recours à l’activité partielle de longue durée (APLD).

Dans la région, l’annonce a ému jusqu’aux élus locaux. Certains sont venus soutenir les salariés lors du rassemblement, et s’élèvent contre ce PSE. D’autant qu’il signe la fin d’une histoire en Isère. Nous sommes dans la vallée de la Romanche, qui était autrefois très industrialisée, explique Philippe Beaufort. Or, FerroPem était la dernière usine en activité dans la vallée. C’est toute une population qui se retrouve frappée au cœur. Mourad Moussaoui, estime qu’un millier de familles seront impactées, en comptant les sous-traitants. Autant dire des drames humains. 

« Abandon » des pouvoirs publics

Sur place, les salariés dénoncent aussi un « abandon » de la part des pouvoirs publics. Aujourd’hui, la logique c’est de laisser partir la production française. Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis, s’élève Pierre Didio, secrétaire général de l’UD-FO Savoie. Cela fait plusieurs années que nous alertons les autorités de la situation de FerroPem, en difficulté face à la concurrence chinoise. Une situation qui porte bien sûr la menace constante de la délocalisation visant à produire à l’étranger, à moindre coût. 

Nous faisons face à l’incapacité des gouvernements à protéger les sites nationaux de productions analyse Moussad Moussaoui. Et de mentionner les lois « antidumping », mises en place par l’Europe, mais trop faibles indique-t-il pour protéger les industries françaises des effets de la concurrence étrangère, notamment chinoise.

Lois antidumping « insuffisantes »

La Commission européenne a mis en place une nouvelle réglementation en matière de concurrence commerciale depuis 2018, en réponse, notamment, à l’augmentation de litiges commerciaux avec la Chine. Des mesures qui visent à la défense commerciale de l’Europe et imposent des taxes douanières plus élevées sur des produits fabriqués à moindre coût. 

Cette réglementation est insuffisante, martèle le délégué FO. Aujourd’hui, c’est nous qui sommes touchés, mais demain ce seront d’autres productions françaises. C’est toute l’économie qui va en pâtir et en premier lieu, les salariés.

Une pétition a été lancée pour sauvegarder le site de Clavaux (cf lien ci-dessous). 


Source: Éditoriaux de jean-claude Mailly

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