Casinos : FO défend les métiers des jeux de table devant le Conseil d’État


Jugeant non-conforme à la réglementation des jeux la suppression des postes de chef de table et de chef de partie, engagée dans le plan de licenciement du groupe Barrière, la section fédérale FO Casinos et Jeux a porté l’affaire jusque devant le Conseil d’État. Pour le syndicat, premier du secteur, le groupe Barrière profite de la crise sanitaire pour affaiblir les jeux traditionnels, au profit des jeux électroniques.

L’avenir d’une profession ne saurait être laissé au hasard d’interprétations fallacieuses ! Les casinos français ne peuvent pas fonctionner sans chef de table ni chef de partie, qui sont des postes statutaires. Leurs titulaires sont responsables de la légalité du jeu, martèle Jean-Christophe Tirat, le très déterminé secrétaire fédéral de la section Casinos et clubs de jeux de la FEC-FO.

Jugeant non-conforme à la réglementation des jeux la suppression de ces postes, que le groupe Barrière engage dans dix de ses 28 établissements de jeux à l’occasion du plan de 200 licenciements annoncés en décembre, le syndicat a porté l’affaire jusque devant le Conseil d’État. Devant la cour suprême de l’ordre administratif, il a assigné l’instance chargée, au ministère de l’Intérieur, du contrôle et de la surveillance des casinos (la DLPAJ, pour Direction des libertés publiques et des affaires juridiques), dont il conteste l’interprétation hasardeuse de la réglementation des jeux.

Favorable au groupe Barrière, elle légitime de fait les licenciements de chefs de table et de partie.

Nous irons au bout

Les mauvaises interprétations de la réglementation par la DLPAJ sont responsables d’une partie des licenciements qui se mettent en œuvre dans le groupe Barrière, dénonce Jean-Christophe Tirat. Sur les 200 suppressions de postes qu’il a engagées, une trentaine concernent les postes de chef de table et de partie.

La section fédérale FO Casinos et clubs de jeux est résolue à les empêcher. Nous irons au bout, prévient Jean-Christophe Tirat qui qualifie d’aléa judiciaire le rejet le 18 février par le Conseil d’État du référé-suspension demandé par FO, pour empêcher l’entrée en vigueur immédiate de la décision du DLPAJ. Son interprétation hasardeuse des textes a été notifiée à tous les services. Cela lui donne une portée qui relève de la directive, explique le secrétaire fédéral.

La section FO Casinos et établissements de jeux est aujourd’hui toute à la préparation de l’audience de jugement au fond, qui devrait se tenir sous quatre mois, maximum, soit d’ici l’été. Nous allons introduire de nouveaux éléments imparables, commente Jean-Christophe Tirat. D’ores et déjà, la section FO envisage des actions en justice pour obtenir la nullité des licenciements, déjà prononcés, de chefs de table et de partie.

Préserver le modèle français des casinos

L’enjeu est plus que réglementaire. Pour la section FO des Casinos et des jeux, première organisation du secteur qui compte 16 000 salariés, la suppression des postes de chef de table et de partie est un coup de boutoir porté aux jeux traditionnels de table, qui nécessitent du personnel, et plus largement un coup porté au modèle de casinos actuels. Qu’il soit asséné par le groupe Barrière, numéro un des jeux de table avec, selon sa direction, une part de marché de 50 %, n’est pas anodin.

Le groupe Barrière a décidé de s’orienter massivement vers la numérisation et l’automatisation des jeux, nécessitant peu de personnel, ajoute Jean-Christophe Tirat. Il profite de la crise sanitaire pour mettre en place une nouvelle organisation, basée sur une polyvalence généralisée. Il tire un trait sur deux échelons hiérarchiques, en supprimant les postes de chef de table et de partie. Il veut les remplacer par des croupiers, évidemment sans rémunérer les compétences requises, complète-t-il.

Inutile de préciser que les postes de chef de table (relevant du grade 4 dans la convention collective) sont plus coûteux, pour l’employeur, que ceux de croupier (grade 1).

Par son action, FO met en garde le secteur

Pour le militant FO, la tentative du groupe Barrière est une véritable déclaration de guerre. Le groupe s’en défend, et motive le plan de licenciement par la baisse sur l’exercice 2019-2020 de 28 % de son produit brut des jeux (PBJ), soit le chiffre d’affaires constaté une fois déduits les gains des joueurs. Il s’est établi à 518 millions d’euros (activités à l’étranger et sur internet comprises), ce qui correspond à une perte de revenus de 200 millions. Sur cet exercice (clos au 31 octobre 2020), ses établissements de jeux ont été fermés plus de 150 jours.

Le risque est important que d’autres casinotiers ne s’engouffrent dans la « brèche », à commencer par les casinos indépendants. Avec nos recours devant le Conseil d’État, nous envoyons un message à tout le secteur, ainsi qu’à la DLPAJ. Nous ne laisserons personne mettre en danger l’avenir de nos emplois, conclut Jean-Christophe Tirat, qui exige une stricte application de la réglementation des jeux.


Source: Éditoriaux de jean-claude Mailly

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